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BELLISSIMA

.... a une passion pour les roses.... Tous les jours de l’hiver , dans l’atelier de son père le cordonnier du quartier, Denise s’assieds sur le même chaise paillée prés du poêle où brûle le houille à l’odeur âcre . Soigneusement elle déroule une serviette blanche sur sa jupe noire pour en sortir son ouvrage de tricot,tandis que Fifi son chat demi siamois demi chat de gouttière se pelotonne dans sa corbeille . Laine rose , laine bleue ou blanche , vont sur les aiguilles nacrées…Point à l’endroit , point à l’envers…un jeté. Maille après maille le tricot mousseux blanc de neige , rose dragée, bleu de ciel , glisse sous ses doigts agiles . Dans le pâle rayon du soleil hivernal passant à travers les vitres de la fenêtre , Denise la tête penchée tricote une layette . Sa chevelure rousse nouée en un chignon lâche sur sa nuque l’auréole d’un timide frissonnement au gré du rayon solaire . Du début de l’après midi , jusqu’au crépuscule à l’heure où les lampes s’allument , Denise , tricote avec dextérité ! Auprès d’elle , sa mère cassée par le temps, ravaude les torchons de toile bis , les chaussettes du père , « retourne un col« de chemise usé. Seuls les petits coups secs du marteau du père sur les semelles des chaussures , les soupirs de la mère , le cliquettement des aiguilles de Denise , se mêlent….pas un mot , de temps en temps ils échangent un regard .

 

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A l’heure de la soupe ,l’une range dé, aiguilles et coton dans la corbeille réservée à cet effet…l’autre pose le marteau , se lève du tabouret , déroule son dos douloureux tout en enlevant son tablier de cuir, pour aller se laver les mains. Denise plie avec soin son tricot dans la serviette blanche qui rejoint le sac de toile brodé à son « chiffre ». Elle met le couvert sur la nappe de toile cirée à petits carreaux rouge et blanc , la mère trempe la soupe dans la soupière de faïence fleurie .Fifi le chat ronronne en lapant du lait dans une soucoupe ….Le repas se termine sans qu’ils n’aient échangés dix paroles .Denise débarrasse la table , lave la toile cirée d’un coup de « lavette » l’essuie avec un torchon usagé , afin que le père puisse étaler le journal sur celle-ci pour la lecture des nouvelles qu’il commente à voix haute .Aucune des deux femmes ne répondent…elles écoutent ,les réflexions viendront demain , ou plus tard .Après avoir murmuré un « bonsoir » Denise regagne sa chambre pour la nuit! L’été , devant la boutique modeste de son père le cordonnier du quartier , Denise un châle de dentelle sur les épaules s’assied dans un fauteuil d’osier .Avec la même minutie elle étale sur sa jupe de coton fleuri la serviette blanche pour en sortir un autre ouvrage mousseux de laine fine ,rose dragée,bleu d’azur ou blanc de neige ! La danse des aiguilles nacrées ou glissent les mailles à l’endroit , à l’envers , un jeté ou deux ,reprends avec entrain et la même adresse de la tricoteuse .

 

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Une cage bleue ou chante un couple de serins est accrochée aux volets vert. Fifi le chat au bout de sa laisse tente de batifoler après un moineau effronté venu le narguer, avant de « s’affaler » de tout son long sur le trottoir pour une sieste paresseuse prés de sa maîtresse . De temps à autre , Denise s’arrête de tricoter pour contempler son travail qu’elle tient devant elle , puis satisfaite continue l’ouvrage léger .Les rares passants admirent la délicatesse de celui ci, caressent du bout des doigts le vêtement si doux l’en félicitent , elle rosit de joie , sa voix tremble un peu quand elle les remercie tout en épongeant discrètement sa nuque où perle un peu de transpiration de son mouchoir de baptiste parfumé à la violette . A l’heure où les oiseaux piaillent aux nids , elle replie son ouvrage dans la serviette blanche puis range le tout dans le sac de toile brodée à son chiffre . Se levant elle passe un revers de main sur sa jupe où s’accrochent des « babluches » de laine , puis décroche la cage bleue ou les serins dorment , détache Fifi , rentre le fauteuil! Le repas terminé , Denise regagne sa chambre haute sous les toits , aux fenêtres voilées de mousseline blanche où elle dort toute seule sous les courtines rose de son lit de jeune fille…. Ce n’est pas sa faute si jamais n’est revenu le fiancé qu’elle aimait…

La guerre lui a prit celui-ci il y a longtemps en 14!

 

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